La valeur d’un système d’imagerie thermique embarqué tient à sa capacité à détecter de façon stable les piétons, animaux, véhicules et obstacles en bord de route lorsque la caméra visible atteint ses limites : nuit, contre-jour, brouillard léger, poussière, fumée ou scène à faible contraste. Lors de la sélection, il ne suffit donc pas de comparer “640 ou 1280”. Il faut évaluer la bande spectrale, le pas de pixel, la sensibilité thermique, le champ de vision, la cadence image, la latence, les interfaces, la robustesse environnementale et le coût d’adaptation des algorithmes.

Paramètres clés d’un système d’imagerie thermique embarqué : résolution, pixel et NETD

L’infrarouge longue longueur d’onde LWIR non refroidi est aujourd’hui l’architecture la plus courante pour la vision nocturne automobile et l’ADAS. Sa bande typique est de 8–14 μm. Un détecteur 640×512 avec pas de 12 μm représente un compromis très utilisé en ingénierie : coût, encombrement, consommation et distance d’identification restent équilibrés. Un module comme le SPECTRA L06 640×512 LWIR 12μm convient ainsi aux validations première monte, aux véhicules autonomes basse vitesse et aux fonctions de perception auxiliaire pour véhicules commerciaux.

La résolution détermine le niveau de détail disponible sur la cible. Le pas de pixel influence l’ouverture de l’objectif, le volume optique et l’intégration mécanique. Avec un objectif de 50 mm, un détecteur 640×512 à 12 μm offre un champ horizontal d’environ 8,8°, adapté à l’identification moyenne et longue distance. Avec un objectif de 19 mm, le champ horizontal atteint environ 22,9°, ce qui convient mieux aux routes urbaines, aux plateformes mobiles lentes et aux scénarios de croisement latéral.

Le format 1280×1024 apporte une résolution angulaire plus élevée à champ équivalent. Il devient pertinent pour l’alerte longue distance, les petits objets ou les scènes multi-cibles. Dans ce cas, un module tel que le SPECTRA L12 1280×1024 LWIR permet d’augmenter la densité de pixels sur les piétons, animaux ou obstacles sans réduire excessivement le champ utile.

Le NETD doit être regardé avec attention. Une valeur ≤50 mK est généralement recommandée, tandis que les projets plus exigeants peuvent viser ≤40 mK ou ≤30 mK. Plus le NETD est faible, plus les faibles écarts de température restent exploitables : chaussée après la pluie, piéton lent, animal éloigné ou obstacle peu contrasté. En procurement, il faut toutefois vérifier les conditions de mesure. Les fiches indiquent souvent F/1.0, 300 K, 25 Hz ou 30 Hz ; des NETD mesurés dans des conditions différentes ne doivent pas être comparés directement.

Distance de détection et champ de vision : compter les pixels avant de promettre l’identification

Dans l’automobile, il faut distinguer “voir”, “détecter”, “reconnaître” et “classifier”. Selon l’expérience issue des critères de Johnson, la détection d’une personne demande souvent environ 2–3 pixels sur la largeur de la cible. La reconnaissance demande plutôt 6–8 pixels, tandis qu’une classification robuste ou une détection algorithmique fiable exige souvent plus de 10 pixels.

Prenons une largeur d’épaules de 0,5 m pour un adulte. Un système 640×512 avec un champ horizontal de 24° donnera à 100 m une cible large d’environ 4–5 pixels. Cette configuration peut suffire à une alerte précoce, mais elle reste limitée pour une identification stable. Pour reconnaître de façon fiable à 150–200 m, il faut un champ plus étroit, une résolution supérieure, une optique plus longue ou un renfort algorithmique.

Pour la conduite urbaine, un champ horizontal de 20°–40° est souvent recommandé afin de couvrir les piétons traversant la chaussée et les objets en bord de route. Pour les véhicules roulant vite, les camions miniers ou les plateformes opérant sur piste, un champ de 10°–25° permet de privilégier l’alerte frontale longue distance.

Les architectures à double champ ou à fusion thermique-visible sont également pertinentes. Un module comme le FUSION LV0625A 640×512+2560×1440 MIPI 35mm peut fournir simultanément des données LWIR et visible haute définition, utiles pour la détection d’objets, l’interprétation sémantique et l’affichage cockpit.

Le nombre F de l’objectif doit aussi entrer dans l’évaluation. Un objectif F/1.0 collecte davantage de rayonnement et améliore la sensibilité système, mais il augmente souvent le coût, le volume et les contraintes d’alignement. Un objectif F/1.2 ou F/1.4 est plus compact, mais il réduit la marge dans les scènes à faible différentiel thermique. Il est donc préférable de ne pas acheter sur une seule promesse de distance. Le cahier des charges doit préciser la taille de cible, le champ, la vitesse, la hauteur d’installation et le taux maximal de fausses alarmes.

Cadence, latence et interfaces : des paramètres critiques pour une boucle ADAS

Les cadences courantes d’un système thermique embarqué sont 25 Hz, 30 Hz ou 50/60 Hz. Pour le stationnement, les robots mobiles, les véhicules d’inspection et les plateformes lentes, 30 Hz suffit souvent. Pour la conduite rapide, l’alerte de freinage actif ou le suivi par tourelle, 50 Hz ou plus est préférable, avec une attention particulière à la latence de bout en bout.

La latence ne vient pas uniquement du capteur. Elle comprend la sortie du module, le traitement ISP, l’inférence IA, l’encodage vidéo, le transport et l’affichage. Pour un système automobile, une latence totale inférieure à 100 ms est une cible raisonnable ; dans les fonctions de sécurité active, il est préférable de viser 50–80 ms, voire moins si l’architecture le permet.

Les interfaces les plus fréquentes sont MIPI CSI-2, GMSL, FPD-Link, GigE, USB et LVDS. MIPI convient aux calculateurs de domaine intégrés et aux cartes IA compactes : liaison courte, faible consommation, bonne intégration. GMSL et FPD-Link sont mieux adaptés aux faisceaux longs dans le véhicule. GigE reste pratique pour la validation R&D et les plateformes industrielles.

Si le projet nécessite de l’inférence IA en périphérie, le NEXUS LV0619B AI multi-band Ethernet/SDI peut réduire le besoin en cartes de traitement externes et simplifier la synchronisation multi-capteurs.

Au-delà de l’interface vidéo, l’équipe d’algorithmes doit vérifier l’accès aux horodatages, au déclenchement externe, aux signaux de synchronisation, au contrôle NUC, à la télémétrie de température, à la correction des pixels défectueux et aux paramètres d’amélioration d’image. Pour l’apprentissage et la validation, l’accès à un flux RAW ou à une image en niveaux de gris linéaire est souvent plus important qu’une image d’affichage visuellement flatteuse.

Fiabilité automobile : température, vibration, étanchéité et sécurité fonctionnelle

Un système d’imagerie thermique embarqué doit souvent fonctionner de -40 °C à +85 °C. Les zones proches du pare-brise, de la calandre ou du pare-chocs peuvent subir des températures locales encore plus élevées. Le boîtier, la fenêtre infrarouge, l’étanchéité, le désembuage, le chauffage, la résistance à l’eau, à la poussière et aux impacts de gravillons doivent être pris en compte dès la conception mécanique.

Pour un montage extérieur, il est courant de viser IP67 ou IP69K. La tenue aux vibrations doit être vérifiée selon les exigences du constructeur ou de l’industrie visée ; les essais à température ambiante sur un module seul ne suffisent pas. Un module performant en laboratoire peut se dégrader fortement si l’optique se décale, si la fenêtre se salit ou si la compensation thermique n’est pas adaptée.

La sécurité fonctionnelle et la sécurité de la fonction prévue doivent aussi être anticipées. Les méthodes de l’ISO 26262 sur la sécurité fonctionnelle des véhicules routiers et de l’ISO 21448 SOTIF sont utiles pour structurer l’analyse : détection des défaillances, modes dégradés, faux positifs, faux négatifs, obstruction du capteur, dérive thermique et conditions météo extrêmes.

Dès la phase d’achat, il est recommandé de demander au fournisseur les données d’essais : cyclage thermique, vibration, choc, CEM, brouillard salin, vieillissement, MTBF ou durée de vie. Au stade prototype, les tests doivent inclure des routes de nuit, pluie et brouillard, entrées et sorties de tunnel, contre-jour intense, interférences de sources chaudes et obstruction par salissures. Une évaluation limitée aux corps noirs et aux cibles statiques en laboratoire ne reflète pas suffisamment les contraintes du terrain.

FAQ

Q1 : Faut-il toujours choisir 1280×1024 pour un véhicule ?
Non. Un format 640×512 couvre déjà de nombreux besoins de vision nocturne, d’alerte piéton et de plateformes autonomes basse vitesse. Le 1280×1024 devient plus intéressant pour la reconnaissance au-delà de 200 m, les petites cibles ou le suivi multi-objets avec champ large.

Q2 : LWIR ou MWIR : quelle bande convient le mieux à l’automobile ?
La plupart des projets automobiles choisissent le LWIR non refroidi, car il est moins coûteux, plus compact, rapide à démarrer et plus simple à maintenir. Le MWIR refroidi offre une meilleure sensibilité et une portée supérieure, mais avec plus de coût, de consommation et de complexité. Il convient plutôt aux plateformes spéciales ou de surveillance haut de gamme.

Q3 : L’imagerie thermique peut-elle remplacer une caméra visible ?
Ce n’est généralement pas recommandé. La thermique excelle de nuit et sur les cibles à contraste de température. La caméra visible reste meilleure pour les lignes de voie, panneaux, couleurs, textures et informations contextuelles. Les systèmes ADAS et autonomes gagnent à fusionner plusieurs capteurs.

Q4 : Quel point est le plus souvent négligé à l’achat ?
Les équipes sous-estiment souvent le champ optique, la latence système, la synchronisation des interfaces, les essais environnementaux automobiles et l’accès aux données RAW. La bonne approche consiste à définir d’abord la distance cible et la tâche de reconnaissance, puis à choisir la résolution, l’objectif et l’architecture de traitement.

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