Dans un système EO/IR, le choix d’un module infrarouge EO/IR ne se résume pas à prendre la résolution la plus élevée. Il faut raisonner avec la distance de détection, l’ouverture optique, la masse de la charge utile, la chaîne vidéo, la plateforme algorithmique et le budget. Un module LWIR non refroidi 640×512 peut être plus pertinent qu’un MWIR refroidi 1280 pour un petit drone ; à l’inverse, pour l’identification longue distance, les cibles maritimes ou les fonds thermiques complexes, le MWIR refroidi peut devenir la seule solution réaliste.
Choix du module infrarouge EO/IR : quelle bande spectrale choisir ?
Dans les charges utiles EO/IR, les voies infrarouges les plus courantes se répartissent en trois familles :
- LWIR : 8–14 μm, généralement associé à des modules non refroidis. Cette bande convient à la sécurité périmétrique, aux véhicules, aux robots mobiles et à l’observation courte à moyenne distance.
- MWIR : 3–5 μm, le plus souvent avec détecteur refroidi. Sa sensibilité élevée et sa meilleure capacité longue portée le rendent adapté aux plateformes aéroportées, à la surveillance de frontières, aux systèmes navals et aux tourelles haut de gamme.
- SWIR : 0,9–1,7 μm, ou parfois une plage plus large. L’image est plus proche du visible et sert aux faibles éclairements, aux spots laser, à la pénétration de certaines fumées et à la différenciation de matériaux.
Pour la terminologie des bandes optiques, on peut se référer à ISO 20473:2007. Pour les principes de détecteurs plans focaux infrarouges et les fenêtres atmosphériques, les synthèses techniques comme Techniques de l’Ingénieur R6460 peuvent aussi aider à cadrer le vocabulaire.
Si l’objectif est la vision nocturne véhicule, la surveillance de périmètre ou l’évitement d’obstacles sur robot mobile, il est logique de commencer par un LWIR non refroidi, par exemple le SPECTRA L06 640×512 LWIR 12μm. Si la mission exige une détection de l’ordre de 10 km ou une reconnaissance sur fond à faible contraste, il faut évaluer directement un MWIR refroidi comme le SPECTRA M06 640×512 Cooled MWIR 15μm.
Résolution infrarouge, pas de pixel et focale : comment les faire correspondre ?
La résolution du module infrarouge détermine le nombre d’échantillons dans le champ. Le pas de pixel influence la focale nécessaire, l’encombrement optique et l’IFOV, c’est-à-dire l’angle instantané vu par chaque pixel. Les combinaisons typiques sont les suivantes :
| Paramètre | Valeurs courantes | Impact système |
|---|---|---|
| Résolution LWIR non refroidie | 384×288, 640×512, 1280×1024 | Champ couvert et nombre de pixels sur cible |
| Pas de pixel LWIR | 12 μm, 10 μm, 7 μm | Plus le pixel est petit, plus la focale peut être courte à champ égal |
| Pas de pixel MWIR refroidi | 15 μm, 10 μm | Influence la reconnaissance longue portée et la taille optique |
| Fréquence image | 25 Hz, 30 Hz, 50 Hz, 60 Hz | Suivi, stabilisation et latence d’affichage |
| NETD | <50 mK, <30 mK, <20 mK | Plus elle est basse, meilleure est la lecture des faibles écarts thermiques |
Exemple : un module 640×512 à pas de 12 μm avec une optique de 50 mm donne un champ horizontal d’environ 8,8°. En passant à 1280×1024, toujours à 12 μm et avec la même focale de 50 mm, le champ horizontal atteint environ 17,5°. À distance identique, la scène couverte est plus large. Si l’on conserve le même champ, la résolution supérieure permet d’utiliser une focale plus longue et d’augmenter le nombre de pixels sur la cible, ce qui améliore l’identification et le suivi.
Pour une charge utile EO/IR combinant recherche grand champ et identification champ étroit, un capteur 1280 peut réduire le recours aux changements mécaniques de champ et limiter les pertes liées au zoom électronique. Dans ce cas, une option comme le SPECTRA L12 1280×1024 LWIR mérite d’être étudiée, tout comme une solution MWIR refroidie 1280 lorsque la portée domine le cahier des charges.
Distance de détection EO/IR : pourquoi les chiffres marketing ne suffisent pas
La portée utile doit être estimée avec la taille de cible, le contraste thermique avec le fond, la transmission atmosphérique, le nombre F de l’objectif, la NETD du détecteur et les traitements d’affichage. La règle de Johnson reste une référence pratique :
- Détection : la dimension critique de la cible occupe environ 1–2 pixels ;
- Reconnaissance : environ 6–8 pixels ;
- Identification ou confirmation : souvent plus de 12 pixels, davantage pour les objets complexes.
Prenons un véhicule de 2,3 m de large. Si l’IFOV du système est de 0,24 mrad, sa largeur représente environ 1,9 pixel à 5 km : on est proche de la simple détection. Pour obtenir une reconnaissance stable, il faut généralement 6–8 pixels sur la largeur du véhicule, donc un IFOV autour de 0,06–0,08 mrad. Cela augmente directement la focale, l’ouverture, le coût optique et les exigences de stabilisation de la plateforme.
C’est pourquoi une spécification d’achat ne devrait pas se limiter à « portée de détection ≥10 km ». Une formulation exploitable doit préciser le type de cible, ses dimensions, l’écart thermique, la visibilité, le niveau demandé, la fréquence image, l’angle de champ et les conditions d’essai. Par exemple : « véhicule 2,3 m × 2,3 m, différence thermique fond/cible ≥2 K, visibilité ≥10 km, distance de reconnaissance ≥5 km ».
Interfaces, puissance et encombrement : ce qui détermine le coût d’intégration
Lors de l’intégration d’un système EO/IR, plusieurs paramètres matériels doivent être vérifiés avant de figer le choix du module :
- Interface vidéo : MIPI CSI-2, Camera Link, LVDS, USB, GigE, HD-SDI ;
- Interface de contrôle : UART, RS422, CAN, Ethernet ;
- Synchronisation : déclenchement externe, horodatage, PPS, synchronisation avec caméra visible ;
- Traitement image : NUC, correction de pixels défectueux, AGC, DDE, pseudo-couleurs, sortie de données thermiques ;
- Alimentation : 5 V, 12 V ou entrée large plage ;
- Puissance : environ 1,5–4 W pour de nombreux modules non refroidis, 8–20 W ou plus pour un MWIR refroidi ;
- Temps de démarrage : quelques secondes pour le non refroidi, souvent 3–8 minutes pour atteindre la stabilité d’un module refroidi ;
- Environnement : température de fonctionnement, vibration, choc, chaleur humide, brouillard salin et compatibilité électromagnétique.
Les projets aéroportés et drones doivent en particulier calculer le SWaP : Size, Weight and Power. Une petite charge utile privilégie souvent volume, masse et consommation. Une boule optronique plus grande arbitrera plutôt sur la reconnaissance longue distance, la précision de stabilisation et la qualité optique. La thermographie et la mesure radiométrique dépendent aussi de nombreux facteurs d’influence ; des références comme Techniques de l’Ingénieur R2740 permettent de rappeler que le détecteur seul ne définit pas toute la performance.
Module infrarouge double bande et IA : quand l’investissement est-il justifié ?
Si le système EO/IR doit fournir une fusion jour/nuit, une détection automatique, un suivi de cible ou une sortie faible latence, le choix d’un simple module infrarouge ne suffit plus. Il faut aussi prendre en compte la voie visible, la synchronisation, la calibration et la plateforme de calcul.
Un module double bande réduit le travail de synchronisation, d’alignement optique et d’empilement mécanique. Par exemple, le FUSION LV0625A 640×512+2560×1440 MIPI 35mm convient aux charges utiles compactes associant LWIR et visible.
Une architecture double bande ou une carte IA est pertinente lorsque :
- la fusion infrarouge/visible doit être coaxiale ou quasi coaxiale ;
- la mission exige détection, classification et poursuite en boucle fermée ;
- l’espace interne ne permet pas d’empiler deux caméras séparées ;
- le lien MIPI doit entrer directement dans un SoC pour réduire les cartes d’acquisition et les câbles ;
- l’objectif est une production série, pas seulement un démonstrateur unique.
À l’inverse, il est risqué d’ajouter trop tôt une fusion complexe si la voie thermique n’est pas encore stabilisée, si les focales changent souvent, si les données d’entraînement manquent ou si la stabilité de la nacelle n’est pas validée. Dans ces cas, il vaut mieux commencer par un canal infrarouge unique, valider la portée, le champ et la qualité image, puis intégrer la fusion.
Conclusion : choisir selon la mission, pas selon la fiche technique
Pour la sécurité courte à moyenne distance, les véhicules, la robotique et les drones généralistes, un LWIR non refroidi 640×512 est souvent le premier choix. Les points critiques sont alors la NETD, la consommation, les interfaces et la disponibilité des objectifs. Si le système exige un champ plus large ou une marge de zoom électronique, un LWIR 1280×1024 devient pertinent.
Pour les systèmes EO/IR longue distance, la surveillance de frontières, les cibles maritimes et les charges utiles aéroportées, il faut évaluer en priorité le MWIR refroidi. Les critères majeurs sont la sensibilité du détecteur, le temps de refroidissement, la compatibilité avec les longues focales et la stabilité de la plateforme.
Si le projet doit finalement assurer l’identification automatique et la fusion jour/nuit, la synchronisation double bande, la calibration et la puissance de calcul doivent être intégrées dès l’architecture système. Les ajouter après verrouillage mécanique entraîne souvent plus de risques que d’économies.
FAQ
Q1 : Faut-il choisir un module infrarouge 640 ou 1280 ?
Cela dépend du nombre de pixels requis sur la cible et du champ à couvrir. Le 640×512 convient à la plupart des projets courte et moyenne distance, avec un coût, une consommation et un volume de données maîtrisés. Le 1280×1024 est utile pour la recherche grand champ, le zoom électronique et la reconnaissance plus lointaine, mais il impose aussi plus d’exigences sur l’optique, la bande passante et le traitement.
Q2 : Un LWIR non refroidi peut-il servir en EO/IR longue distance ?
Oui pour la détection et la surveillance, mais la reconnaissance longue distance reste limitée. Si le cahier des charges impose l’identification stable de petites cibles à plusieurs kilomètres, surtout sur fond à faible contraste thermique, le MWIR refroidi est généralement plus robuste.
Q3 : Une NETD plus basse est-elle toujours meilleure ?
Pas toujours. Une NETD basse aide à distinguer de faibles écarts thermiques, mais l’image finale dépend aussi du nombre F, de la transmission optique, des algorithmes, de la correction, de l’environnement et de la chaîne d’affichage. Les achats doivent inclure des images réelles et des essais à distance représentatifs.
Q4 : Faut-il choisir une architecture double bande dès le début ?
Oui si le besoin inclut clairement la fusion jour/nuit, le suivi automatique ou la confirmation par voie visible. Si l’objectif initial est seulement de vérifier la capacité de détection thermique, un module infrarouge unique permet de valider plus rapidement la distance, le champ et la qualité image.